Jeanne de Beg, merci tadei, découverte en chair et en os, entr'aperçue dans Tendance SM.
Une petite vieille, lunettes rondes, chignon lisse bas grissonant, les traits aigus, un regard perçant. un chemisier blanc avec un col qui remonte droit, un tailleur noir strict assez moulant qui
fermait au niveau du cou. Présentée comme écrivaine et maîtresse dominatrice. une lady Heaver en vrai.
Au fur et à mesure de l'émission et de ses interventions j'étais conquis. Le fantasme vivant de la maîtresse SM. En relisant le passage de tendance SM sur elle : d'abord soumise à son mari qui
l'a initiée au jeu sadomasochiste puis maîtresse sur demande de son mari, puis libérée de son mari par sa propre volonté, maîtresse professionnelle, encore aujourd'hui à plus de 60 ans.
Quand elle parle des différents mileux sociaux qui pratiquent le SM, choc et réprobation chez Gisèle Halimi et Françoise Notrin qui ne pouvaient pas envisager qu'un ouvrier puisse se permettre
d'avoir envie de se faire soumettre par une maîtresse, professionnelle ou non, parce que sa vie dure le menait vers d'autres préoccupations plus essentielles pour sa vie.
malgré les confirmations de Jeanne de Berg, les deux ne voulaient pas entendre raison. Moi devant (intérieurement, parce que mon père écoutait vaguement aussi à côté) "mais merde, elle s'y
connait, elle est dans le milieu, elle sait mieux que vous". déjà, dans une autre soirée de ce soir ou jamais, j'avais été un peu déçu par la réaction de Gisèle Halimi face à Virginie Despentes.
deux conceptions du féminisme, des rapports à la sexualité et des problématiques qui tournent autour. Halimi soutenant un féminisme combattant pour améliorer la situation des femmes au
niveau social, pour l'apprentissage, le travail, l'égalité des salaires, la lutte contre les violences envers les femmes.
Despentes face à la question d'Halimi "quel et votre projet?" : "qu'un homme se sente bien dans sa peau comme il est et qu'une femme se sente bien dans sa peau comme elle est". "c'est tout,
c'est pauvre... c'est extrêmement pauvre comme programme" répondit Halimi. Despentes a ressenti du mépris pour ses idées de la part de son interlocutrice. j'ai trouvé aussi qu'Halimi voulait
imposer sa vision, qui est encore d'actualité aujourd'hui.
Mais ce que Despentes introduit, c'est au-delà de la condition féminine, ça concerne tous le sexes. Elle met en valeurs des problématiques qui se sont développées avec les gender studies. c'est
le queer qu'elle introduit, dans le sens où la masculinité et la féminité ne sont que des normes produites et qui varient selon les époques et les personnes. il y a des masculinités et des
féminités. le queer se situe à la charnière de ces deux pôles. C'est un éventail de comportements, plus une manière d'être stricte "être un homme comme ci, être une femme comme ça", vouloir que
chacun se sente bien comme il l'entend, c'est provoquer un desserrement des normes du genre et ça c'est pas gagné. c'est une autre vision des individus, des sexes, du genre.
Le discours de Gisèle Halimi est plutôt académique dans le féminisme, dans les luttes qu'elle a menées depuis les années 70. Le discours de Virginie Despentes est le produit de nouvelles
conceptions qui se sont développées depuis les années 80 et prennent de l'ampleur, avec un véritable écho, dans les marges, chez les LGBT (et surtout T). Encore aujourd'hui vouloir changer
les règles, c'est pas gagné. On voyait bien deux générations avec deux problématiques différentes du rapport entre les individus, pas opposées mais différentes.
Donc, pour en revenir à Jeanne de Berg, femme exquise (la phrase de Carla Bruni : "quel est le mot français que vous préférez?" "exquis. une gifle comme une caresse . c'est la langue
française ça" convient très bien, je trouve), parlant pas toujours du SM parce que ça n'était pas le sujet principal mais apportant son regard sur les rapports HF HH et FF dans la conversation
sur la sexualité féminine libérée aujourd'hui (plus libérée qu'avant dans certains domaines), voir les ruptures mais ausi les constantes. Elle précise : la communication, le dialogue que les
femmes ont avec leur partenaire (H ou F peu importe) autour de l'acte sexuel, alors que les hommes entre eux peuvent s'en passer. J'adore ce passage, forcément j'm'y connais là : "vous savez
que chez les homosexuels masculins, il y a des endroits spécifiques, connus de tous, des backrooms, des jardins public ("et le Bois loool") où les rapports sexuels se font sans aucune parole,
dans le silence" ce qui marque une différence nette avec les homosexuelles féminines. Le débat est passionnant et entendre ça sortir de sa bouche, maîtresse SM, c'est kiffant. Elle est sexe, elle
est précise, elle cerne tout.
gros coup de coeur pour Jeanne de Berg. même effet que pour la diva grecque au Grand Amphi de la Sorb et que Françoise Héritier.